Periscope dans le fil Twitter, on teste !

Du porno au comité de direction, une expérience amusante de Périscope et son interprétation capillotractée

Twitter a annoncé mi-janvier l'intégration de la diffusion live des vidéos réalisées avec l'appli "Periscope" dans ses fils d'information. Avec nos amis de Webassoc*, nous avons donc décidé de diffuser en live sur Periscope les conférences de la journée événement organisée par l'association le 28/01/2016 (nous les avons aussi diffusées sur "Google Hangout", avec une meilleure qualité d’image, mais c’est un autre sujet).


Notre objectif : diffusion de contenus à haute valeur ajoutée à des publics non présents physiquement
Nous créons donc un compte Periscope pour l'occasion, et hop, nous parlons toute la journée, dans le magnifique amphi de Critéo (merci à eux de leur accueil) de financement et de développement des associations grâce aux leviers du numérique. Interventions top niveau, les associations exposent leurs retours d’expériences web, avec de beaux succès, et aussi des difficultés d’organisation, d’animation, etc. Les intervenants montrent des ouvertures vers de nouvelles pistes de développement pour les associations, des opportunités d’innovation, de nouvelles méthodes/outils, etc. Et nous diffusons les captations live via le fil Twitter associé à notre fameux compte Périscope.

Debriefing : le web à plusieurs vitesses

Le soir, petit inventaire de nos followers, et… Je vous livre en trois pseudos et deux captures d’écrans la tonalité de cette communauté de suiveurs nouvellement constituée…

Sex tonight, Blowjob today, Kiss U… Autant dire que notre thématique semble beaucoup intéresser certains types d’utilisateurs de Périscope pour leur business :-) 

Mon esprit qu’un rien amuse est effectivement très enjoué par ce constat. Plus largement, je pense qu'on a ici une sorte de cas d'école qui fait écho aux discussions sur la transformation numérique que nous animons au quotidien chez Redjep.

Bien sûr les profils cités ne sont pas les seuls à nous avoir suivis ; des associations aussi ont suivi notre profil Periscope, notre objectif de toucher des personnes absentes physiquement de la conférence est atteint (y compris pour faciliter la mise en situation d’un des intervenants, qui le faisait via Skype depuis Amsterdam, et qui avant son intervention de l’après-midi a pu suivre ce qu’on se disait entre nous le matin à Paris). Avec le temps, notre communauté Périscope va grandir et se doter d’un public plus qualifié, mais nous touchons là l’illustration même de plusieurs gaps à franchir pour toutes les organisations qui se prétendent « sérieuses » et qui se préoccupent de numérique :

  1. Faire des essais, pour voir en vrai ce que ça fait : si vous dites à votre patron qu’il faut ouvrir un compte Périscope pour tester l’appli sachant qu’il aura sans doute plein de porno-starlettes connectées à la fin de la journée, pas sûr qu’il accepte (question d’image, etc.)… Et pourtant, il y apprendrait sans doute deux ou trois trucs importants.
  2. Démoder la notion d’innovation : « innover » est le mot à la mode partout, et on en fait parfois une sorte de graal peu accessible voire inquiétant et discriminant. Avec ce mini-exemple de diffusion de conférences, nous illustrons le fait que l’innovation est toujours relative puisque de simples utilisateurs de l'appli nous ont en un clin d’oeil repérés, se sont connectés, ont regardé ce que nous faisions, parce-ce que pour eux, ce qu’une entreprise va appeler « innovation », eux vont appeler ça « quotidien ».
  3. Ne pas faire ce que les autres font, mais suivre sa route : des utilisateurs d’un business qui n’est pas le nôtre se connectent à nous via une appli qui peut servir à tous, que faire ?

Réponse A : faire comme tous nos copains du CAC40, laisser les stagiaires jouer avec les réseaux sociaux et mobiliser la direction sur un truc plus sécurisant, peut-être même lobbyiser le Conseil National du Numérique pour qu’il crée ce contexte sécurisant pour nous ?
Réponse B : ou bien alors se dire que cette petite appli nous a bien servi pour atteindre nos publics qui ne pouvaient pas être physiquement avec nous ce jour-là… Décider que plutôt que de demander à ces fameux publics de se connecter à notre chaîne Youtube dans quelques jours, le temps qu’on fasse le dérush et le montage de nos captations pour y incruster proprement notre logo (ce qu'on fera de toutes façons), nous leur proposons une plateforme de suivi temps réel de nos discussions, avec les live tweets des participants, des photos, du contributif, une « expérience live » de la journée à distance.
Réponse B++ : et se dire que si nous décidons de le faire « à notre manière » ça n’a pas l’objectif de copier mais juste de faire, et qu’il est plus efficace de parler de quelque-chose que l'on fait que de quelque-chose qu’on pourrait faire après 12 comités de direction.

Bref, un peu de porno au comité de direction, ça ferait un peu tomber la pression du numérique !

Patrick Buttard


*Webassoc est une association de professionnels du digital qui mettent bénévolement leurs compétences à la disposition des associations humanitaires et caritatives.

Le programme de la journée dont on parle est ici

Et le fil Twitter dont on parle est ici